les embûches en généalogie

 

            Je voudrais dans cette page expliquer comment les recherches généalogiques peuvent, dans certains cas, se révéler un travail de longue haleine semé d'écueils qu'il faut éviter consciencieusement les uns après les autres, mais en ajoutant qu'il ne faut jamais baisser les bras devant les difficultés qui semblent insurmontables. Pour étayer mon propos, je vais prendre comme exemple notre recherche de l'ascendance de Jeanne TORTEVOIX, ancêtre de Maud qui nous a pris beaucoup de temps et posé quelques problèmes.

 

            Comme la presque totalité des ancêtres de Maud, cette Jeanne TORTEVOIX est originaire de l'Indre et Loire. Dans ce département ou nous avons de très nombreuses données, nous allons malheureusement assez rarement aux AD, à Chambray. La plupart du temps nous travaillons à partir des relevés bms du Cercle généalogique de Touraine et dans quelques cas nous demandons aux entraides une photocopie d'un acte, principalement dans le cas de blocage.

 

            Donc au départ notre progression de génération en génération nous amène à un couple Gilles POCHER – Marie TORTEVOIX, première embûche sur les bms de St Jean-St Germain ce mariage existe bien mais il aurait eu lieu en 1656, cent ans avant notre date estimée. Nous pensons alors à une erreur de saisie, comme nous disposons des parents, nous élargissons notre recherche. Résultat le mariage des parents de Gilles a été célébré en 1717 et ceux de plusieurs de ses frères et sœurs entre 1740 et 1750, ceci nous le confirme, c'est une erreur de frappe, il faut lire 1756. Notre recherche se tourne ensuite vers le mariage des parents de Marie qui toujours d'après les bms se nomment Pierre TORTEVOIX et Marie DOUSSET.

 

            Après avoir étudié sans succès de nombreuses possibilités, nous décidons alors de poser une question dans la revue du Cercle généalogique de Touraine. Nous obtenons une réponse, un courrier qui évoque le mariage de Pierre TORTEVOIX et Marie DOUGE en 1740 à Beaulieu lès Loches dans la paroisse de St André, l'ascendance du dit TORTEVOIX étant jointe. Cela paraissait être une bonne piste, les lieux sont voisins, DOUGE pour DOUSSET pourquoi pas, mais leur fille Marie se serait alors mariée à quinze ans au maximum, ce qui nous semblait être un peu jeune. Nous avons alors consulté les bms de St André et oh! surprise, il y avait deux mariages se ressemblant étrangement. Tout d'abord en 1729 un Pierre TORTEVOIX qui épouse Marie DRUJE et en 1740 le mariage d'un autre Pierre TORTEVOIX cette fois avec Marie DONJE. Pour le second mariage, comme nous le signalait notre correspondante, l'épouse était veuve. Immédiatement une hypothèse nous traverse l'esprit, nous avons à faire à la même personne qui s'est mariée deux fois avec des Pierre TORTEVOIX.

 

            Pour contrôler cette hypothèse nous demandons immédiatement à une des entraides les photocopies des deux actes de mariage et nous nous lançons dans une recherche systématique des mariages des enfants de ces deux couples. Nous trouvons alors, toujours dans les relevés bms, les mariages de trois nouveaux enfants de ces couples. Ce qui nous donne, tout d'abord Jeanne et Françoise qui se marient en 1756 et 1759 et dont le père est décédé, elles seraient donc issues du premier mariage. Ensuite Louise et Marie qui se marient à Perruson en 1759 et 1765, leur père n'étant pas décédé à leur mariage, elles seraient issues du remariage. Quelques temps après nous avons reçu les photocopies des deux actes de mariage TORTEVOIX-DOUGE qui confirmaient notre hypothèse. Sur l'acte de mariage de 1740, Marie DOUJÉ épousait Pierre TORTEVOIX et elle était veuve de Pierre TORTEVOIX. La preuve était écrite noir sur blanc, Marie DOUGÉ s'est mariée une première fois avec un Pierre TORTEVOIX et veuve de celui-ci elle a à nouveau épousé dans la même paroisse un autre Pierre TORTEVOIX, sans aucune parenté avec le précédent.

 

            Nous avons alors immédiatement fait un courrier à notre correspondante, qui à l'origine nous avait mis sur la voie, en lui expliquant le résultat de nos recherches. Le mois suivant nous avions une réponse. Comme cette personne habite dans l'Indre et Loire elle avait consulté les registres de Beaulieu St André et sa lettre contenait une liste d'actes concernant les TORTEVOIX. Le puzzle était terminé, les décès et les naissances confortaient notre résultat. Le plus surprenant c'est que ces données lui avaient appris qu'elle ne descendait pas du remariage comme elle croyait, mais comme Maud, du premier mariage de Marie DOUGE. Son ancêtre Pierre TORTEVOIX né en 1732 se marie en 1760 à St Senoch avec Madeleine DELAROCHE. Dans les parents présents à ce mariage on retrouve les sœurs de Pierre, Jeanne et Françoise, issues comme lui du premier mariage.

 

            Pour corroborer nos données et clore sur le sujet, nous avons décidé de demander à une entraide la photocopie du mariage de Gilles POCHER avec Marie TORTEVOIX à St Jean-St Germain en 1756. La personne chargée de ce travail trouvant à cette date les mariages de deux frères PORCHER, nous réalisa les photocopies des deux actes. Bien lui en pris, car une nouvelle surprise nous attendait. Si les deux actes confirment bien les informations en notre possession, malgré tout le prêtre a interverti les témoins aux deux mariages. L'explication tient au fait que les registres paroissiaux étaient tenu en double exemplaire. Très souvent un des deux était rempli pendant la cérémonie et l'autre recopié par la suite, les rares personnes sachant signer le faisaient en laissant un blanc de la même grandeur que le texte de l'original. Le prêtre n'avait plu qu'à recopier à un moment perdu les actes en question. Mais dans le cas présent les deux actes étant constitués de deux paragraphes un sur le mariage, le couple de mariés et leurs parents, l'autre sur les parents présents, le prêtre en recopiant à croisé les paragraphes. Cette branche pour pousser avait vraiment connu une dose importante d'avatars de toutes sortes.

 

            En conclusion comme j'aime très souvent à le dire, la généalogie c'est l'addition de multiples enquêtes policières à rebondissements, avec ses impondérables et c'est ce qui en fait son charme.

 

Alain FOUGEROUZE

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Les recherches en généalogie

dernière mise à jour : 17 février 2015